le blog de Stephan Ghreener

STEPHAN GHREENER
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Chroniques

photo S.Ghreener-Hg
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Rappel "historique": La famille Corleone avait mis au point le principe du fameux prêt "subprime" (prêt immobilier hypothécaire à taux variable) et Tony Soprano en a modernisé le fonctionnement...


En une nuit, on a tout liquidé. Tony a téléphoné à Marty. Marty a crié à Bob de trouver dix costauds et ils ont tous déboulé dans nos bureaux.
Tony m’a dit : "tu supervises, mais surtout tu tries la paperasse."

Nous avons fait table rase. La Sacro-Sainte Politique de la Terre Brûlée, Tony connaît la musique…
Si Tony n’avait pas été propriétaire des murs, il aurait foutu le feu histoire de marquer le coup. Comme il se plait à le répéter, pour avancer, il faut savoir tourner la page.

À la base, Tony a eu une idée de génie… C’est d’ailleurs un peu pour ça qu’il tient entre ses mains (avec ses frangins, ses oncles et Marcello Le Grand, les frères de Marty et j’en passe) tout ce qui rapporte de l’argent dans ce pays.
C’était une super idée, mais tout le monde a fini par être trop gourmand.
C’est toujours pareil quand on bosse en famille.
Petite précision : ne comptez pas sur moi pour balancer les noms de ceux qui ont croqué plus que d’habitude. On doit marcher sur des œufs quand on trime pour l’Organisation.

N’empêche, pendant trois ans la TTB (Tony Trust Bank) avec son département "subprime" a fait un malheur.

Nous avons fourgué des prêts indexés sur du rêve.

C’était une super combine et Tony m’a débauché de sa boîte à hôtesses pour développer l’affaire.
Mon boulot, c’était de faire signer les gogos.
Je ne vous cache pas que par moments, j’avais peur pour eux. J’avais envie de lâcher le morceau : "Eh oh, vous empruntez de l’argent à Tony quand même, vous en êtes conscients, oui ou non ? Vous avez déjà vu Tony s’énerver ?"
Mais je voyais dans leurs yeux le rêve briller. Parfois, j'étais même capable d'apercevoir la chambre qu'ils réserveraient au petit dernier. Ils tremblaient d’excitation en signant de la main droite, nos prospectus ("Enfin chez vous ! Aucun apport exigé, mauvais payeurs bienvenus !") encore humides de leurs larmes dans la main gauche. Je me taisais.
Et puis, et puis… Les profits étaient vertigineux.

Une fois les contrats signés, Marty prenait le relais. Un as de la finance, Marty. Il a réussi à revendre 80 % des prêts "subprimes" à des banques, en Europe, en Asie. Enfin, c'est ce que moi, j'ai compris. Il a eu beau me faire des schémas, des croquis à même la nappe d’un top restaurant parisien, j’avoue que je n’ai pas saisi toutes les subtilités. Je ne savais pas qu'il était possible de faire des profits sur de l'argent sorti de nos caisses et toujours dans la nature. Mais plus on avait de clients chez TTB, plus les banquiers du monde entier nous suivaient. Le bonheur.

Mais ça n'a pas duré. Alors qu’on se faisait masser par des professionnelles canons et souriantes sur le yacht de Tony, en plein mois d’Août, J.C, le prophète de Wall Street a pété les plombs en direct, devant des millions d’Américains. J.C a dit que le patron de la Banque Centrale était à côté de la plaque. Il l’a traité d’incompétent en direct. Tony est sorti du jacuzzi, furieux. La fête était finie et Tony a dit : "maintenant, on récupère toutes les baraques des gogos et on ferme boutique !".
Pour une fois que j’étais invité sur le bateau de Tony…

Donc, oui, nous avons fermé la TTB. Mais entre temps, on a fait le sale boulot. Tony nous a dit : "on emmène tous les mauvais payeurs sur le pont de la Owner River". Et comme on avait 30 % de nos clients en train de se noyer avec nos prêts... Il a fallu sortir les battes de base-ball.

Nos vieilles habitudes ont vite repris le dessus.

Un matin, nous sommes allés cueillir Johnny à l’aube, dans sa belle maison. Trois mois qu’il ne nous avait pas versé le moindre dollar. J’ai dit à Jo : "allez, ne rends pas les choses plus pénibles qu’elles ne le sont. Allez, viens avec nous, on va faire un tour..."
C’est Tony qui s’y est collé. Pour l’exemple.
Tony l’a suspendu, tête en bas, depuis le pont. Il lui a dit : "coco, faut que tu comprennes une chose, le propriétaire c’est toujours celui qui finance".

Johnny pleurait comme une mauviette. Il nous a filé les clefs de sa maison et même celles de sa voiture. Une BMW, flambant neuve, à crédit.

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... Évidemment, tout ceci n’est qu’un mauvais rêve. C'est une libre interprétation d'un épisode pour un "Soprano" purement imaginaire.
Et puis, même si j’ai adoré les Sopranos, ils ont définitivement fermé boutique.

Cela dit, au passage, si le système des prêts "subprimes" avaient été aux mains de quelques familles comme les Sopranos, il y a belle lurette que la finance mondiale aurait crié à l’escroquerie. Les virtuoses des salles de marché auraient qualifié ces pratiques de "petits trafics entre amis".

J.C alias Jim Cramer a cependant réellement tiré la sonnette d’alarme sur CNBC et "on" a bien réinjecté de l’argent frais (trois fois rien, quelques milliards) sur les principaux marchés financiers au début du mois d’août. Et la semaine dernière, une économiste dont j’ai oublié le nom, invitée chez Frédéric Taddei dans son émission sur France 3, disait à propos de la ruée des clients sur les guichets de la Northern Rock (un des acteurs majeurs du prêt hypothécaire en Grande Bretagne), qu’il s’agissait là d’un petit problème d’information: "les actifs de la Northern Rock ne sont pas en cause, c’est juste un problème de financement (de ces actifs)".
Hum…

Tony Soprano vous manque ? Pas de panique, nous avons déjà de nouveaux acteurs qui vous diront en rigolant, dans "mortgage" (crédit immobilier en Anglais), il y a "mort" et "gage".


P.S: Pour retrouver Jim Cramer, il suffit d'aller faire un tour sur Youtube.
Stephan Ghreener
Rédigé par Stephan Ghreener le Lundi 1 Octobre 2007 à 22:44