le blog de Stephan Ghreener

STEPHAN GHREENER
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Chronique4

Jeudi 20 Décembre 2007
cadillacbyghreener
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Au Ministère de la Solidarité entre Grands Commis de l’Etat, chargé de la gestion du parc immobilier oublié et bon marché, nous avons vu rouge. Un petit morveux tout juste sorti de l’école en qui nous avions pourtant entièrement confiance (la preuve : nous lui avions attribué un confortable deux pièces à proximité de la Place des Vosges pour un loyer à peine plus élevé qu’une place de parking), nous a apporté en salle de réunion le café avec quelques mignardises mais surtout avec le Canard Enchaîné du 19 Décembre.

Les erreurs forment la jeunesse mais mettent à mal notre tranquillité. Pour son impertinence, nous avons modifié le bail de son logement sans préavis. Il dispose d’une semaine pour se reloger. Nous ne pouvons hélas le renvoyer et seule la "placardisation" est envisageable.

La France est en faillite. Les comptes sont dans le rouge. Et donc, devoir supporter la lecture de ce journal qui n’est même pas foutu de vendre des encarts publicitaires à des annonceurs potentiels nous fatigue.

Pour cette fin d’année 2007, au Ministère de la Solidarité entre Grands Commis de l’Etat, nous avons donc pris les mesures d’urgence qui s’imposaient. Un impertinent a lancé l’idée, en sucrant son café, qu’il fallait sauver le soldat Boutin !

Ce genre de boutade, en temps normal, quand nous pouvons agir sans que l’on vienne nous chatouiller les doigts de pieds, a plutôt tendance à nous faire sourire. Mais pas aujourd’hui. Nous lui avons donc supprimé son appartement de 150 m2 dans le 6ème arrondissement de Paris qu’il occupait à titre exceptionnel depuis 12 ans pour un loyer dont nous avons oublié le montant exact, le bail avait été rédigé en anciens francs, pour l’oncle de sa compagne qui occupait alors les lieux. Cette époque bénie des dieux républicains est hélas révolue et nous versons toujours une larme de nostalgie dans notre tasse, quand nous nous remémorons cette période : nos affaires, alors, faisaient moins de bruit qu’un pet sur une toile cirée.

Pour la forme, nous avons téléphoné à Jean-Louis Borloo pour lui remonter les bretelles. La prochaine fois, plutôt que d’aller faire le pingouin, il aurait tout intérêt à passer un amendement autorisant la chasse au canard de Septembre à Septembre : pas d’espèces protégées et surtout pas de prisonniers. Nous, le Canard, on le chasse au fusil à pompe, pas au gros sel.

Sur ce, nous lui avons raccroché au nez car nous sommes des gens pressés.

Revenons à nos moutons. Le bras droit de Boutin est un commis comme un autre, mais, nous vous le concédons volontiers, moins malin que certains. Heureusement que le Ministère de la Solidarité entre Grands Commis de l’Etat, qui, comme nous vous le rappelons, est chargé de la gestion du parc immobilier bon marché, satisfait tous ses serviteurs, qu’ils travaillent pour un gouvernement de droite ou de gauche. Les choix politiques relèvent de la vie privée et nous nous sommes toujours efforcés de les respecter. Ce qui, pour la gestion quotidienne de nos affaires immobilières, est plutôt pratique : tôt ou tard chacun finit par y trouver son compte et donc les protestations restent courtoises.

La France est en faillite et les comptes sont dans le rouge.
Cela fait plusieurs années que nous martelons cette réalité à nos concitoyens. Le genre de révélations dont est friand ce journal scandaleusement illisible ne va certes pas mettre nos petits arrangements en danger mais dans une période délicate comme cette fin d’année, il fallait absolument réagir.

Dans un premier temps, nous avions pensé faire diversion en nous inspirant des records d’audience de notre Président actuel. L’idée d’organiser une visite romantique au Parc Astérix entre Christine Boutin et l’animateur pourfendeur d’injustices, Julien Courbet, nous a bien sûr traversé l’esprit. Mais nous gardons cette brillante idée en réserve, sait-on jamais.
Car il faut le reconnaître, Madame Boutin aura probablement besoin d’un coup pouce, le ministère du Logement n’a rien d’une sinécure, la route peut se transformer en chemin de croix, surtout quand on tient absolument à atteindre des objectifs irréalisables.
Des logements pour tous… Et puis quoi encore ? Comme si l’argent tombait du ciel.

Déjà, nous avions vu d’un mauvais oeil, son escapade lyonnaise à grands renforts de bâtiments préfabriqués, ses bottes de campagne et le bruit de fond assourdissant des générateurs. Ce concept était particulièrement abracadabrantesque. Pour la forme, nous avions alors supprimé le 3 pièces dans le 3ème arrondissement d’un jeune farfadet, certes énarque, mais qui avait eu le culot pendant cette campagne, de venir nous réclamer quelques bureaux inoccupés.
Au Ministère de la Solidarité entre Grands Commis de l’Etat, chargé de la gestion du parc immobilier oublié et bon marché, nous acceptons volontiers les suggestions les plus farfelues histoire d’occuper une partie de nos équipes. Mais de là à réquisitionner des logements ou des bureaux vacants, il ne faut pas exagérer. Nous laissons s’exciter sur ce genre de prestations, des organisations humanitaires.

Heureusement, nous disposons d’un secrétariat chargé de la gestion du parc immobilier mis à la disposition du petit personnel de l’Etat. Et le logement du bras droit de Madame Boutin sera très bientôt oublié.
Ainsi le préposé à l’entretien de jardins municipaux qui avait eu la délicate attention de sous-louer à son frère, son studio en rez-de-jardin au fin fond de la Sarthe, a du souci à se faire. Finis les passe-droits.
Nous ne sommes pas dans une république d’opérette, vous pouvez compter sur nous pour faire le ménage.

Depuis ce triste article publié dans cette feuille de chou radine au point d’imposer à nos yeux sensibles des photographies, quand il y en a, en noir et blanc, nous avons enchaîné à leurs bureaux quelques prestataires de service et autres plumes ministérielles. Et ceci, dans le but de remettre une lettre adressée à nos concitoyens qui, nous l’espérons, sera lue par notre nouveau Président pour son traditionnel discours des vœux.

L’exercice était périlleux car nous devions envoyer un signe fort aux jeunes gens qui rêvent de pouvoir investir dans la pierre et rassurer tous nos concitoyens logés dans des conditions insalubres. De plus, pour que cette lettre soit lue et suivie d’actes par notre Président (fan d’Elvis Presley et grand amateur, comme Georges W Bush, de l’Amérique rutilante), il fallait une proposition à la hauteur des étoiles qui brillent dans ses yeux.

Parmi nos prestataires, nous avions convoqué, Stephan Ghreener. Il s’avère que ce garçon a, haut la main, remporté tous les suffrages. Nous avons décelé dans sa proposition, tout ce que nous recherchions : une communication par l’objet digne de Pierre Bellemare, un indéniable sens pratique couplé à une formule magique à faire pâlir d’envie David Copperfield ou Gérard Majax.
Transparence oblige, nous vous annonçons que Stephan Ghreener sera rémunéré pour cette brillante collaboration par traite à 120 jours fin de mois sur le compte d’une de nos sociétés civiles immobilières.

Voici donc, en exclusivité, la lettre que lira Nicolas Sarkozy très prochainement pour les voeux de l’année 2008.



"Mes chers Compatriotes,

Bien que nous soyons tous locataires sur cette terre, nos rêves d’immobilier sont immenses.
Nous avons déjà entrepris beaucoup pour vous ces derniers mois et cela, je le sais, ne répond toujours pas à vos attentes. Je vous ai entendu. Et je vous comprends.

Mes chers compatriotes, je dois vous l’avouer, j’ai fait un rêve. Et les rêves parfois deviennent vision. Et ils peuvent devenir réalité.
Quand je pense à ce jeune couple, qui travaille dur, qui se lève tôt et qui, ici même en France, à Paris, dans la ville des Lumières, visite un charmant studio, dans un quartier proche de la Bastille, je vois rouge. On leur annonce, sans aucuns scrupules, sans états d’âme, une superficie d’à peine 16 m2 pour 120000 euros. La vue est certes imprenable sur les antennes-relais des opérateurs téléphoniques, mais ils doivent escalader 7 étages et ce, sans ascenseur. Pour les antennes, je verrai lors d’un prochain conseil d’administration ce que je peux suggérer.
Mais si ces jeunes gens désirent vivre dans un quartier plus central, dans un immeuble avec plus de cachet, c’est impossible. Les prix des mensualités du crédit s’envolent sans parler de la durée. C’est l’escalade.

Je vous le dis ce soir mes chers compatriotes, je veux annuler cette impossibilité. Je veux transformer cette escalade insupportable en opportunité.

Je m’adresse en premier, à tous les Franciliens qui testeront, dans les prochaines semaines et les prochains mois, la solution que je leur présente aujourd’hui. Et vous tous, mes chers compatriotes, vous pourrez bientôt en disposer.

Vous rêvez toujours d’un logement dans Paris ? Et pourquoi pas le Champ de Mars avec vue sur la Tour Eiffel ? Mais peut-être préférez-vous l’avenue Montaigne ou la Place des Victoires à deux pas du quartier Montorgueil ? Ces rêves ne sont pas fous mes chers compatriotes. Ils sont justes. Ils sont légitimes.
Moi je veux que tous les Français et les Françaises de ce pays puissent être propriétaires là où ils le désirent. Je vous l’ai promis et je le fais.

Je ne veux pas d’une France à deux vitesses. Cependant, je ne tiens pas à m’étendre sur les profiteurs qui en nos murs jouissent de logements à des prix scandaleusement bas.
J’ai une obligation envers vous et soyez en sûrs, le ménage est déjà en train d’être fait.
Les façades de la République seront nettoyées au jet à haute pression.

Mais revenons au problème du jour. Oui, mes chers compatriotes, la solution existe.
Seulement nous n’avons pas cherché dans la bonne direction. Je m’adresse aux primo-accédants franciliens : offrez-vous un S.U.V. Oui, un 4x4 ! Pas une Porsche Cayenne, pas une BMW X5. Vous n’y êtes pas. C’est beaucoup trop petit. Il suffit d’investir dans une Cadillac Escalade. C’est certes moins logeable qu’un camping car, mais au moins vous pourrez vivre dans le Triangle D’or parisien. Et voyez-vous, si nous prenons le temps, maintenant, ce soir, d’y réfléchir ensemble quelques secondes, vous serez ainsi propriétaire de votre logement dans Paris. Mais en plus, vous pourrez vite vous retrouver propriétaire d’un chalet à la Montagne ou d’un Studio sur la côte basque. La mobilité rejoint l’immobilier.

Je vous sens dubitatif. Mais je vous invite à faire un petit comparatif :
"Chambre 8m2, sur cour, wc sur palier, immeuble pierre de taille, digicode, gardien, proche Champs Elysées : 65000 euros".
Prix de base de votre Cadillac Escalade V8 : un peu plus de 70000 euros. Vous voulez une terrasse ? Rajoutez 1490 euros pour le toit ouvrant. Vous ne pouvez pas vous passer d’un système home-cinéma de qualité ? Prenez l’option DVD pour les places arrières à 1990 euros. Je ne serai pas surpris si le concessionnaire vous consent une petite remise de 8 %.

Avouez que pour le prix d’une chambre de bonne, pouvoir changer d’arrondissement tous les jours, c’est une certaine idée du luxe !. Enfin, plutôt toutes les semaines, car vous êtes à juste titre, respectueux de l’environnement et vous éviterez de faire tourner le moteur V8 de 6,2 litres de cylindrée inutilement.

Quid de l’alimentation et de l’hygiène me direz-vous ?
Les primo accédants devant se serrer la ceinture, je le sais, je suis moi-même passé par là, pourront pour la première fois, grâce à l’économie substantielle réalisée par l’achat de ce véhicule, choisir une cantine de qualité. Cela évitera, d’ailleurs, le mécontentement des cafetiers qui se plaignent aujourd’hui d’une future baisse de la fréquentation de leurs établissements suite à la mesure qui préserve, mes chers compatriotes, votre santé des méfaits du tabac.
Pour la douche ou la lessive, je me permets de rester concret : une ex’ ou un ex petit ami, avec qui vous entretenez toujours de bonnes relations, sera ravi de vous revoir et de vous aider dans votre nouvelle vie. C’est aussi une forme de solidarité et de communication harmonieuse.

Je réfléchirai en temps et en heure, cela va de soi, aux aménagements qu’une telle mesure impliquera sur vos besoins, sur vos envies et votre désir d’avenir.

Mes Chers compatriotes, je vous présente tous mes vœux de bonheur pour cette nouvelle année 2008."










Stephan Ghreener
Rédigé par Stephan Ghreener le Jeudi 20 Décembre 2007 à 18:57